
Recherche-action participative : la coopération, un levier pour rééquilibrer les rapports de force ?
17/09/2026 - Journal des territoires
Financée par l'Union européenne et portée par le réseau nantais Ecopôle et l'Université de Nantes, la recherche-action participative "Initiatives locales, solidarités et transitions : répondre aux enjeux de territoire" réunit une quinzaine de personnes issues d'organisations (associations, coopératives) œuvrant dans le domaine de la boucle alimentaire ou du réemploi, sujets à la fois structurants sur le territoire et porteurs de forts enjeux sociaux et environnementaux. Ces personnes sont considérées comme des chercheurs et chercheuses car leur expérience constitue une terreau riche d'enseignements pouvant nourrir une démarche de recherche. La recherche-action participative (RAP) vise la production de connaissances en analysant une situation complexe, ou encore l'impulsion de transformations dans une situation qui est insatisfaisante. Cette intention de recherche s'appuie sur une méthode scientifique co-animée par Au fil des territoires et par une doctorante recrutée par Ecopôle.
Une méthode pour faire émerger une question de recherche et des hypothèses d'exploration
Afin de lancer la démarche, Ecopôle a mené un diagnostic auprès d’une quinzaine d’acteurs associatifs issus d’initiatives locales et citoyennes en identifiant leurs enjeux et besoins. Les résultats ont été partagés lors d'un premier séminaire, ouvert à un panel étendu d'acteurs locaux et ayant pour but l'identification des grands axes de recherche. Ensuite, cinq ateliers ont eu lieu avec le groupe de chercheurs et de chercheuses au rythme d'un atelier par mois.
Le premier atelier a fait émerger la question de recherche : (Comprendre) quelles sont les conditions d’une coopération robuste (à Nantes) pour inverser/rééquilibrer les rapports de force. Cette question émerge parce que l'ensemble des organisations présentes font état d'une situation de précarité aigüe (baisse de financements publics, locaux et emplois précaires, engagement bénévole en fort recul...) alors que leur rôle pour maintenir une forme de cohésion, voire de paix, sociale est indéniable. Dès lors, le monde associatif se trouve dans un rapport de force insatisfaisant avec les pouvoirs publics et/ou les entreprises privées.

Des stratégies et leviers pour sortir de ce rapport de force
Les ateliers ont permis mettre en lumière les évolutions du modèle associatif afin de se soustraire à une dépendance sur les financements extérieurs. Certaines associations développent un modèle économique marchand en vendant des services et des compétences, tout en proposant un projet vertueux pour le territoire local. D'autres se basent sur la puissance du bénévolat et du don pour survivre. D'autres encore restent dans un modèle "classique" car elles estiment que demander des subventions publiques est un acte politique en soi puisque cela met les décideurs devant leurs responsabilités sociétales : il n'est pas possible d'introduire la notion de rentabilité dans les domaines d'intérêt général et/ou social. Ces évolutions viennent poser d'autres questions car elles peuvent recréer d'autres formes de dépendance au modèle néo-libéral.
Le groupe émet alors plusieurs hypothèses où les notions de coopération et de visibilité favoriseraient l'autonomie et la pérennisation de leurs structures. Il constate notamment que la démarche collective de recherche-action a permis de créer des liens forts, une camaraderie, créant un socle pour expérimenter des actions opérationnelles.

Des actions en commun et visibles pourraient-elles favoriser moins de précarité et un rééquilibrage des rapports avec les décideurs ? Le groupe décide d'expérimenter une ou deux actions collectives pour vérifier ce postulat.
Une poursuite d'un élan coopératif ?
Une restitution des travaux aura lieu en fin d'année 2026. Elle vise à partager les résultats de la RAP avec les acteurs du monde associatif et d'autres collectifs et organisations issues de l'ESS. Il est espéré qu'elle marquera le début d'une impulsion coopérative largement relayée pour continuer de répondre ensemble à cette question de rééquilibrage des forces en jeu dans nos territoires. Car, si une chose est certaine à l'issue de cette démarche, c'est qu'il existe une formidable capacité d'imagination et d'adaptation pour trouver les interstices où il est possible d'agir... mais il est important de les explorer de manière collective car les risques d'épuisement guettent dans ce combat qui ressemble parfois à une lutte de David contre Goliath.
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