
Pépites de concertation : des effets (in)attendus de la participation
19/10/2026 - Journal des territoires
Les réunions publiques ou les réunions de concertation peuvent être le théâtre où se joue le microcosme de la société puisqu'on réunit un groupe de personnes, chacune et chacun avec ses enjeux, ses vérités et ses représentations. On pourrait se pencher sur les tensions et conflits qui naissent inévitablement dans ces espaces (voir à ce sujet mon billet : Colères et crises de confiance), mais dans ces temps difficiles et inquiétants, je propose au contraire de vous livrer quelques exemples de ce que la concertation produit en termes positifs.

Une solidarité de voisinage
Notre accompagnement de la concertation autour des travaux de construction du bassin de stockage-restitution (BSR) Barbin de St Félix à Nantes est un projet qui court depuis 8 ans ! Certains riverains ont déménagé, mais beaucoup sont présents depuis les débuts et se retrouvent en réunion depuis 8 ans autour de ce projet. Ce temps long (voir mon article : le confort d'un accompagne-ment à long terme, qui regarde les projets au long cours à travers les lunettes du prestataire : https://www.aufildesterritoires.fr/paroles-de-terrain-le-confort-dun-accompagnement-a-long-terme/) permet de mieux se connaitre entre voisins, de créer des liens, voire de nouer des relations amicales, et de mettre en place des démarches collectives. Ainsi, sur ce projet les voisins se sont organisés pour transmettre des informations à celles et ceux sans accès internet, un groupe whatsapp a été mis
@ crédit photo : Mehdi, grutier
en place réunissant les riverains qui le souhaitaient, les voisins se sont réunis pour rédiger un courrier collectif à destination de la collectivité…
Avec son envergure importante et son impressionnante technicité, le chantier a également suscité une forme d’enthousiasme : les riverains se sont mis à leurs balcons, ont filmé les travaux, ont été fasciné par ce qui se dessinait sous leurs yeux et ont pu partager tout cela avec la communauté en ligne ! Pour la petite histoire, certaines se sont rapprochées du grutier qui a partagé des photos incroyables, prises de plusieurs dizaines de mètres de hauteur !
En d'autres termes, un véritable réseau de voisinage s'est construit. Le chantier a été dur, mais autre chose s’est mis en place, une forme de solidarité de voisinage permettant de mieux supporter les nuisances.
Tester l'inconnu collectivement
Nous sommes intervenues récemment dans la commune déléguée de La Chapelle St Sauveur (Loireauxence) avec la Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire (CRESS) et la Chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) pour accompagner un groupe d'habitants autour de la mise en place d'un café/épicerie associative. Très vite, il s'est avéré que le groupe ne souhaitait pas forcément endosser la responsabilité d'un lieu à faire vivre au quotidien, mais il a souhaité néanmoins agir pour sa commune. Nous sommes allées à la rencontre des habitantes avec le groupe pour faire émerger un projet qui correspond aux enjeux et besoins locaux. Le groupe se connaissait déjà, au moins de vue. Mais au-delà de l'interconnaissance qui s'est approfondie autour du portage du projet, il nous a fait remonter le fait d'avoir pu réaliser des actions qu'il n'avait jamais mené auparavant : faire du porte à porte ou co-animer un porteur de parole sur l'espace public. Puis les membres du groupe ont décidé de mettre en place un marché de producteurs locaux : ils ont du prendre des décisions collectivement, se répartir des tâches, s'organiser. Ils sont devenus en quelque sorte animateurs et animatrices de leur territoire.

Vivre le pouvoir collectif
Le troisième exemple que je vous livre concerne un panel citoyen d'une vingtaine de personnes, mis en place par tirage au sort pour moitié, et par volontariat pour l'autre moitié, dans le cadre de l'élaboration du nouveau plan de gestion territorial de l'eau (PTGE) sur le bassin versant de Grand-Lieu. Dans ce cas également, un groupe de personnes qui ne se connaissait pas s'est réuni autour d'un sujet, éminemment politique : le partage de la ressource en eau sur un territoire avec des forts enjeux agricoles. La convivialité s'est installée, largement facilitée par la chargée de projet du Syndicat du bassin versant (SGLE). Au-delà des liens qui se sont forgés, parfois dans le débat et le désaccord d'ailleurs, le panel a pu rencontrer et travailler avec les professionnelles du territoire : agriculteurs, élus, associations de protection de l'environnement, entreprises locales, représentants de l'Etat et de la Chambre d'agriculture...
Les membres du panel se sont acculturés pour être légitimes à prendre la parole parmi les spécialistes. Ils et elles ont apporté au débat leur sensibilité d'habitants, de parents, de nageurs, de pêcheurs, d'amoureux de la nature, de consommateurs : une voix très souvent occultée car non technique. Nous retrouvons cette notion d'apprentissage et de montée en compétence, là encore grandement facilitées par le Syndicat de bassin versant. Mais peut-être que la particularité de cet exemple se trouve dans la prise d'une place habitante dans un processus démocratique sur un sujet aussi délicat que la gestion de l'eau. Reste à savoir la manière dont cette place citoyenne pourra perdurer et être incarnée dans la durée.

Proposer des espaces de débat, de dialogue, de concertation ne résout pas tout évidemment. Mais à notre petite échelle, créer les conditions pour faire ensemble et dialoguer malgré nos différences permet de mettre au travail la notion d'habiter ensemble, permet de lutter contre l'isolement, permet de créer de la camaraderie dans un monde qui en a bien besoin aujourd'hui. Alors, chérissons ces pépites qui émergent ça et là de ces démarches collectives !
En savoir plus sur les exemples cités :
- Assistance à maitrise d'ouvrage concertation : BSR Barbin, Nantes Métropole avec Pauline Durillon, Bivouac ; Stéphanie Ledantec, Ecologie urbaine et communication ; Elaine Guillemot, l'Atelier de l'Estuaire.
- Accompagnement à la définition d'un projet de commerce de proximité, Loireauxence avec Pauline Durillon, Bivouac ; Amélie Villet de la CRESS ; Laurent Lemaire de la CMA.
- Accompagnement d'une démarche participative dans le cadre de l'élaboration du projet de territoire de gestion de l'eau du bassin versant de Grand Lieu, Syndicat du bassin versant de Grand Lieu avec Vincent Chaillou, Histoires de Ville ; et Fabienne Kervarec.
